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mardi 8 septembre 2009

Le Green Deal


Dailymotion - Jean-Marc Nollet Le green deal - une vidéo Actu et Politique

Jean-Marc Nollet


Le Green Deal est une rupture et une invitation. Une rupture avec le sacro-saint « toujours plus » : plus riche, plus grand, plus vite. Mais également une invitation à rechercher désormais un « toujours mieux ». Il s’agit de remettre la question du sens de l’activité humaine au centre du jeu et, sur cette base, de construire une alternative politique pour une autre société.
Nous sommes arrivés au carrefour de toutes les crises : financière, bien entendu, mais aussi énergétique, sociale et environnementale. Leur source est double : la dictature du court-terme et l’exploitation effrénée de l’homme et de la nature.
Ce ne sont pas les dysfonctionnements du système qui sont intenables, mais son fonctionnement même.
Nous ne pouvons dès lors nous contenter d’un ravalement de façade. Une régulation plus stricte de la finance ne suffira pas. Le dérèglement climatique pourrait très bien amener demain un emballement plus fort, plus rapide et plus violent encore que celui rencontré sur les places boursières.
Et que dire alors des inégalités sociales toujours plus criantes : entre personnes, territoires et générations. Le compromis historique entre capital et travail doit désormais s’ouvrir à une troisième composante : la nature. L’environnement devient alors un puissant facteur de relocalisation de l’emploi.
A crise systémique, réponse systémique.
Le Green Deal est une rupture et une invitation. Une rupture avec le sacro-saint « toujours plus » : plus riche, plus grand, plus vite. Mais également une invitation à rechercher désormais un « toujours mieux ». Il s’agit de remettre la question du sens de l’activité humaine au centre du jeu et, sur cette base, de construire une alternative politique pour une autre société.


http://www.etopia.be/spip.php?article975
http://www.etopia.be/spip.php?article1071

Il souligne également que ce ne sont pas les dysfonctionnements du système qui sont à la base de la crise mais le système lui-même. Le Green Deal, dit-il, est une proposition de rupture avec le « toujours plus » (plus riche, plus grand, plus vite) pour aller vers le « toujours mieux ». Ce livre a donc vocation à vulgariser de nouvelles voies qui peuvent et doivent nous aider à penser différemment les défis du XXI° siècle. Comme l’écrivait Albert Einstein : " Les problèmes ne peuvent pas être résolus par le même mode de pensée que celui qui les a engendrés" ...

http://lesverts58.org/article.php3?id_article=211

Une réponse à la crise globale dans son quadruple volet environnemental, financier, social et alimentaire requiert pour nous un nouveau "Green deal" européen. Les écologistes de toute l’Europe se présenteront unis devant les électeurs avec des engagements clairs qu’ils défendront au sein du Parlement européen comme dans les parlements nationaux et régionaux.

http://web4.ecolo.be/spip.php?article1030
http://web4.ecolo.be/spip.php?article1406
http://www.ecoloj.be/?Debat-un-Green-Deal-pour-sortir-de


Le “Green Deal” de Nollet [ critique ] Alexandre Plennevaux
Green deal l'autre grand chantier écolo - actu24.be
Un véritable Green Deal pour l’Europe ! Jonathan Voet

Une autre vision de la crise, d’autres moyens pour en sortir - Anne-Marie Louette

samedi 5 juillet 2008

Opinion - économie - Changeons de modèle économique

Pierre EYBEN, chercheur en sciences apppliquées, Michèle GILKINET, passionnée active, Jean-Baptiste GODINOT, fonctionnaire, François SHREUEUR, journaliste

Il faut réorienter les modes de production et de consommation vers des pratiques écologiquement soutenables et socialement justes, et non augmenter le productivisme, la flexibilité et la compétitivité.

D' accord, les prix augmentent, ce n'est agréable pour personne. Mais faut-il vraiment pour cela bouleverser toute l'économie ?”, s'interrogeait récemment M. Timmermans, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Pour la FEB, poser la question c'était y répondre, par la négative.

Pourtant… L'économie menace de tomber en récession. L'explosion des prix du pétrole est en passe de faire s'effondrer tout l'édifice en précipitant dans la misère des dizaines de milliers de ménages en Belgique, des centaines de millions de par le monde. Dans ces conditions, faut-il vraiment poursuivre en serrant les dents, comme semble le dire la FEB ? On ne saurait imaginer attitude plus irresponsable.

Selon nous, cet aveuglement volontaire face à une situation très grave témoigne d'un immobilisme dogmatique et partant, de la profonde incapacité de la FEB à s'adapter à la nouvelle donne.

Pour comprendre ce qui est en train de se passer et envisager des solutions réalistes, il importe de s'attarder un instant sur la dynamique qui sous-tend la crise actuelle.

Nos sociétés dites "développées” sont organisées autour du principe économique de "la croissance”. Celle-ci serait à la fois la condition et le moyen de créer de la richesse dont les retombées profiteraient à tous. Dans cette logique, il est nécessaire d'accroître les capacités de production de biens et de services, ce que les travailleurs sont sommés d'assumer. Il faut également s'assurer que ces produits seront consommés rapidement par un consommateur soumis pour ce faire à un matraquage publicitaire permanent.

Après un demi-siècle de cette croissance économique accélérée, où en sommes-nous ? Si les Trente Glorieuses ont assurément permis l'amélioration du confort matériel d'une bonne partie de la population occidentale, elles ont aussi laissé une frange non négligeable d'entre nous dans une situation désastreuse et entraîné "le reste du monde” dans un état de précarité croissant. Dans le même temps, on peut constater que le chômage n'a pas disparu, que le travail devient à nouveau, depuis une trentaine d'années, de plus en plus éprouvant et vide de sens, que la répartition des richesses est de plus en plus inéquitable et que l'état de la planète se dégrade dangereusement. On ne produit et consomme pas en fonction de besoins réels, en tenant compte du caractère limité des ressources naturelles et avec un dessein de justice sociale, mais en fonction de potentialités spéculatives, dont tire profit une infime minorité sans soucis des générations futures. Bref, cette croissance socialement ravageuse nous procure chaque jour un petit peu moins de satisfaction et l'on continue pourtant à la glorifier allègrement.

Une autre réalité commence aujourd'hui à apparaître crûment : cette croissance-là n'est pas tenable. Le dogme croissantiste repose en effet tout entier sur un oubli gros comme un monde : pour produire les biens et services que la manipulation publicitaire nous pousse à consommer, il faut de la matière et de l'énergie. Or, l'homme ne peut pas créer de matière ni d'énergie. Il ne peut que transformer les ressources terrestres pour les rendre utiles à son usage. Ce faisant, il génère des pollutions dont les niveaux sont devenus insoutenables tant ils dépassent les capacités de recyclage naturels. Ainsi, pour fabriquer et faire avancer une automobile, il faut du pétrole, qui une fois consumé est irrémédiablement transformé en CO2.

D'un point de vue matériel, le processus économique fonctionne donc comme une gargantuesque machine qui consume les ressources et les transforme en pollution. A la sortie de cette machine, du côté des pollutions, on observe une saturation dont le bouleversement climatique est l'une des dimensions les plus graves. A son entrée, il y a désormais une pénurie. Il se trouve en effet qu'aujourd'hui, la principale ressource d'énergie utilisée par la machinerie économique commence à manquer : le pic du pétrole est imminent, voire déjà franchi. Jusqu'ici, le pétrole était peu cher car facilement accessible et en quantité suffisante, mais le pétrole est un stock qui ne se renouvelle pas à l'échelle du temps humain. Au niveau mondial, l'offre de pétrole devient insuffisante, d'autant plus que des pays géants comme le Brésil, la Chine et l'Inde veulent à leur tour en consommer comme l'Occident le fait depuis la dernière guerre. Sait-on par exemple que l'Indonésie va se retirer de l'organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), sa production étant désormais insuffisante pour satisfaire sa demande intérieure ?

L'ère de l'énergie peu chère est derrière nous.

Voilà une règle que la FEB connaît bien : quand l'offre d'un produit ne répond plus à la demande et que cette dernière ne faiblit pas, les prix montent. Fluctuations spéculatives et ajustements conjoncturels mis à part, le prix du pétrole va donc continuer à augmenter pour atteindre des niveaux inconcevables jusqu'ici.

Ne nous trompons pas de conclusion. Avec un prix du baril de plusieurs centaines de dollars, c'est tout le système économique qui flanche, car le pétrole, qui est en quelque sorte le sang de la croissance, ne vient plus l'irriguer suffisamment. Le pétrole et ses dérivés sont utilisés dans tous les secteurs de production : agriculture, transports, construction, distribution, pharmacie, textile, technologies de l'information, etc.

Le pic du pétrole rend la poursuite de "la croissance” impossible puisque la boucle production/consommation est cassée. Déjà, "la croissance” s'essouffle et apparaissent les premiers signes de la récession payée en premier lieu par les plus démunis.

L'objectif désormais, lequel est une urgence sociale impérieuse, doit être d'organiser la décroissance de la consommation des ressources naturelles non renouvelables de ceux qui en consomment le plus pour que les besoins vitaux de tous soient rencontrés. Il s'agit d'organiser une désescalade de la puissance industrielle (1) pour réorienter les modes de production et de consommation vers des pratiques écologiquement soutenables et socialement justes, et non augmenter le productivisme, la flexibilité et la compétitivité comme nous le propose la Fédération des entreprises de Belgique.

Face à cette situation qu'elle ne comprend pas - ou pire, qu'elle feint d'ignorer -, La FEB continue à pousser sur l'accélérateur économique sans changer de modèle. Autant dire qu'elle nous demande de foncer droit dans le mur. Il s'agit aujourd'hui de sortir du tout-au-pétrole, de stopper les émissions de gaz à effet de serre, de relocaliser l'économie tout en renforçant la solidarité sans laquelle il ne peut y avoir de réponse pacifique et équitable à ce problème global. Persistant dans un comportement insensé, irresponsable, radicalement inadapté aux défis d'aujourd'hui, la FEB refuse de remettre en question le dogme économiste qui est une impasse. A croire que son action ne vise qu'à maintenir les privilèges d'une caste, quitte à jeter des pans entiers de la population dans la misère et à dévaster la planète.

Le pic du pétrole est là ; il faut revoir l'économie de fond en comble et l'assujettir à l'écologie et à la justice sociale.

1. L'expression est de J. Grinevald et Y. Rens, traducteurs du recueil de textes de N. Georgescu-Roegen : "La décroissance. Entropie - écologie - économie”, éd. Sang de la Terre, 2006.


La Libre Belgique 4-7-2008

samedi 24 mai 2008

Une société de sigles, un univers à décoder, un monde de fous !

Jacques Salomé



Les industriels de tous bords ont développé depuis quelques années l’arme absolue pour stimuler l’appétit consumériste qui ne demande qu’à être réveillé en chacun de nous. Ils ont inventé un concept fabuleux : le Nodec (Nouvel objet de désir et de convoitise). Ce concept les incite à créer en permanence des objets performants, novateurs, attirants, mais peu robustes, avec une fiabilité dans le temps réduite à quelques années -bientôt à quelques mois- facilement démodés et donc remplaçables. Chaque objet anticipant le suivant encore plus attractif, indispensable, désirable qui suscitera de nouveaux emballements, modes ou tendances. Ils ont besoin pour cela de s’appuyer sur le DTP (dépassement technologique programmé) d’un produit, ce qui justifie son remplacement. Ce qui permet à l’EPANC (escroquerie programmée avec notre collaboration) de se répandre, tout en fréquentant assidûment les SAVI (service après vente inaccessible). Nous pourrions être tenté de résister et pour pouvoir nous défendre, avoir recours (si nous connaissions leur existence) à des ACV (analyste du cycle de vie d’un objet, d’un produit, d’une marque) capable de faire le bilan de tous les facteurs qui auront un impact sur l’environnement au cours de la vie d’un produit. : matières premières (extraction, acheminement) degré de pollutions par les émissions de gaz, de contaminations chimiques. Ceci nous permettrait d’interroger notre conscience sur le bien fondé commun (au delà de notre simple plaisir ou intérêt) d’acheter et de favoriser ainsi la fabrication d’ objets qui vont porter préjudice non seulement à notre propre santé mentale et sociale mais aussi à l’équilibre de la planète.
Nous pourrions apprendre ainsi le TK ELFLC (le temps et le kilométrage entre le lieu de fabrication et le lieu de consommation) et découvrir que certains yaourts arrivent sur notre table après avoir parcouru 12 000 kms, que le jean dans lequel nous nous détendons le dimanche a dû cheminer durant 27000 kms, que les pièces détachées de notre voiture ont fait l’équivalent de deux fois le tour de la terre (entre le sous traitant, le fabricant principal, le concessionnaire et le garagiste de mon village !)
Si j’accepte de renoncer à l’IAERPDM (illusion acceptée d’être rassuré par des mensonges), peut-être que je renoncerais à acheter des fruits confits quand je saurais que le fruit d’origine abricot, pêche, cerise ou melon a pu séjourner entre trois et 8 mois dans une cuve d’acide sulfurique pour être conservé, qu’à la suite de cela il est devenu tout blanc (qu’il devra donc être recoloré !) saturé de sucre à 70 ou 80%, vérifié avec un TCSG (taux de concentration de sucre et de glaçage) avant d’arriver en petite barquette sur ma table pour être ajouté à la pâte du cake que je veux préparer pour mes petits enfants ! M’interdire de boire des jus de fruit, quand je sais que la pulpe vient du Brésil ou des Antilles dans d’énormes tankers (aussi grands que des pétroliers !) déversée dans des camions citernes qui l’acheminent vers des usines de mise en bouteille. Et là je n’ai pas connaissance du CMPBN) (coefficient minima de pollution bactériologique normale), lequel d’ailleurs ne me rassurerait pas du tout ! Alors il ne me reste plus qu’a cultiver mon QDS (quotient de survie) ou encore mon EDSA (espérance de santé aléatoire) avant de devenir l’équivalent d’un légume, hospitalisé dans un établissement spécialisé !
En attendant je tente de me protéger, j’ai remplacé le thé, le café, les jus divers pour étancher ma soif, par de l’eau chaude. Simplement de l’eau tiède, très savoureuse, désaltérante, pas chère, elle vient directement du robinet et même si je sais qu’elle peut contenir des métalloïdes et autres substances plus ou moins digeste, je m’accroche, je tiens le coup, je vais renoncer à tous les sigles (enfin presque tous) pour libérer un peu de la mémoire de mon disque dur intime, afin de me consacrer à un peu de TLESCPRVM (temps libre et sans contrainte pour rêver à une vie meilleure !)

Source: Nouvelles Clés
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samedi 5 janvier 2008

La simplicité volontaire et les créatifs culturels :

La simplicité volontaire est un mouvement de société actuelle, à base plus individuelle qu'institutionnelle, qui propose à chacun de réduire sa dépendance à l'argent et à la vitesse, à libérer du temps pour la communauté plutôt que de l'utiliser pour gagner plus d'argent, de favoriser les comportements écologiques et respectueux de la société : le temps libéré ainsi doit être employé à un effet débond, plutôt qu'un effet rebond.

Simplicité Volontaire - Wikipédia

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Les Créatifs Culturels auraient en commun de favoriser la faible dépendance vis-à-vis des modes de consommation industrialisés, de chercher à favoriser le développement personnel et spirituel, de remettre l'humain au cœur de la société, de refuser les dégradations environnementales, notamment celles induites par l'exploitation des ressources naturelles et de rechercher des solutions nouvelles aux problèmes personnels ou sociaux (par exemple sans fausse antinomie entre engagement et vie personnelle). Un autre trait marquant de ce groupe est l'absence, à l'heure actuelle, de conscience de sa propre existence. Autrement dit, la plupart des personnes entrant dans la catégorie des « Cultures Créatives » se croit relativement isolée, et l'estimation de la proportion de population partageant les mêmes convictions, de la part des personnes interrogées dans le groupe, s'étale seulement entre 1 et 5 %.

Créatifs culturels - Wikipédia

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A hauteur d'homme - Nous vivons aujourd'hui une époque charnière. Notre société de surconsommation nous a entraînés là où le système planétaire n'était jamais allé. En ces moments de basculement du monde, une frange significative de la population est en train d'émerger, porteuse d'une conscience différente. L'objectif de cette nouvelle dynamique sociale : se retrouver « à hauteur d'homme ».

Imagine demain le monde: A hauteur d'homme

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La Simplicité Volontaire (ce mot est enchanteur) nous apporte les bases de ce Bonheur National Brut tant recherché au niveau d'un pays ou de la Planète. Elle est ce gagnant-gagnant que nous cherchons, du moins dans le propos. Elle propose exactement le matériel qui va compléter notre boite-à-outils. Elle nous donne la définition du bonheur parfait, celle que je vous proposais ci-dessus, à savoir la redéfinition les désirs justes et surtout libres. On retrouve à la fois Epicure et Spinoza dont nous pouvons tous et toutes nous imprégner pour mieux les transmettre autour de nous. Le premier, Epicure nous apprend la mesure des désirs, le second, Spinoza nous invite à préserver notre liberté par rapport à ceux-ci d'une part et à l'éthique de ceux-ci d'autre part. Rapidement...

etopia - La simplicité volontaire et les créatifs culturels rampes de communication pour 2008


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Simplicité volontaire et Décroissance: Pour modifier nos comportements vers un meilleur respect des humains, de la Terre et de la vie en général, différentes options sont proposées par les mouvements citoyens. Parmi celles-ci, l’option de la simplicité volontaire nous invite à réduire les consommations matérielles et à développer des activités à haute valeur humaine de façon à moins « peser » sur l’écosystème « Terre », à préserver les ressources naturelles de la planète et à se réapproprier du temps pour une vie plus harmonieuse.


Les Amis de la Terre: Simplicité volontaire et Décroissance

samedi 1 septembre 2007

Les paradoxes du développement durable


Mardi 7 août 2007

Auteur de plusieurs ouvrages sur le développement durable, Sylvain Allemand propose, dans « Les paradoxes du développement durable », de faire un état des lieux du concept à l’heure de son 20ème anniversaire. Le journaliste français y explore les enjeux, défis et perspectives. Quelles sont les contradictions inhérentes à ce type de développement ? Comment l’intégrer dans notre économie de marché actuelle ? Éléments de réponse.



Comment faire face à l’urgence écologique et sociale quand la solution réside dans un changement de société au processus long ? Comment concilier impératif au court terme et évolution au long terme ?



Voilà une question cruciale. Il est vrai que la situation est préoccupante, mais il faut faire bon usage de l’urgence et se méfier des scénarios catastrophes. À trop tirer la sonnette d’alarme, on risque d’inhiber les bonnes volontés et d’entretenir l’opinion publique dans la peur, ce qui n’est pas propre à susciter les mobilisations les plus adéquates. Quand on se tourne vers l’histoire, il faut reconnaître que beaucoup de visions apocalyptiques ne se sont finalement pas produites. Il ne faut cependant pas les discréditer. Certaines hypothèses ont probablement permis l’action nécessaire à neutraliser le scénario catastrophe. En se préparant au pire, on peut faire face à des problèmes moindres. Dans cette situation, l’action du politique est essentielle. Le rôle des dirigeants politiques est crucial pour gérer et arbitrer le débat public. Il est de leur responsabilité d’organiser les débats pour faire apparaître les enjeux à l’opinion. Il ne s’agit pas d’imposer des restrictions mais de susciter une mobilisation pour montrer que chacun peut avoir une contribution utile. La responsabilisation est souvent plus efficace que la contrainte.


Si le développement durable nous encourage à limiter notre consommation, n’est-il pas alors incompatible avec la croissance économique et le modèle néo-libéral ?



Son objectif n’est pas contradictoire avec la croissance capitaliste qui repose sur l’accumulation de richesse. Le développement durable veut améliorer le bien être quand bien même il passe par l’acquisition de nouveaux biens. C’est une nouvelle conception de la production de richesse plus soucieuse du coût engendré pour l’environnement et la société. Le véritable enjeu est en fait de produire mieux sans exclure la possibilité de rester ancré dans l’économie marchande. Pour avoir un réel impact, le développement doit aller de pair avec la promotion de nouvelles approches comme, par exemple, l’éco-conception. Il ne suffit plus de traiter les déchets, il faut penser en amont en envisageant le produit dans l’ensemble de son cycle de vie, de sa conception à son recyclage en passant par ses modes de fabrication et de consommation.


Les trois grands piliers du développement durable (social, environnemental, économique) sont parfois en compétition. C’est le cas dans de nombreuses situations, lutte contre le travail des enfants qui privent de revenus certaines familles, réglementations écologiques qui limitent la production de certains producteurs…. Peut-on concilier ces différents volets ou sont-ils nécessairement contradictoires ?



Il est vrai que les acteurs se concentrent le plus souvent sur un ou deux piliers. Mais est-ce si utopique d’envisager un mode de développement où l’on se préoccupe des implications au plan environnemental et auquel le plus grand nombre puisse accéder ? La contradiction apparaît moindre si on l’envisage sous cet angle que si on pose la question en termes de piliers. Ce n’est pas évident, mais il ne faut pas y renoncer : le développement durable est un autre mode développement qui nous invite à regarder les choses autrement. Prenons la voiture comme illustration. Si on reste enfermé dans une vision écologique, la voiture est un facteur de pollution et consomme de l’énergie non renouvelable, il faudrait donc la bannir. Cependant, le développement durable nous invite à considérer aussi les implications économiques et sociales pour lesquels la voiture est un élément positif. Le défi est donc de minimiser l’impact de la voiture tout en conservant ses avantages.On observe à travers cet exemple que des solutions existent comme l’intermodalité. C’est à dire utiliser sa voiture plus judicieusement et la combiner dans ses déplacements avec d’autres modes de transport moins préjudiciables à l’environnement (vélo, transports en commun).



Qu’entendez-vous par « faire passer la civilisation moderne du stade de développement à celui de la durabilité » ? Comment cette transition se traduit-elle dans les faits ?



Depuis que le développement durable est introduit dans le débat public, il est décliné en plusieurs notions, consommation durable, mobilité durable, tourisme durable, etc. Cette idée de développement n’est peut-être que transitoire pour nous imprégner de la nécessité d’envisager la durabilité. Il faut à présent se demander à chaque fois « Est-ce durable pour nous et les générations suivantes ? ». Il est important de ne pas commettre les mêmes erreurs qu’auparavant quand on s’est lancé dans la construction d’infrastructures sans se préoccuper de l’irréversibilité de nos choix. Et cette idée d’irréversibilité est essentielle. Quelque chose de durable c’est quelque chose qui n’est pas irréversible au point de nous condamner et de réduire nos capacités de choix dans le futur.



L’éducation au développement durable à l’école sous-entend une interdisciplinarité tant les sujets abordés sont larges. Est-il nécessaire de réformer le système scolaire vers des matières moins cloisonnées pour imposer le développement durable dans les programmes ?



Il est vrai que les enseignants se heurtent au défi de travailler avec d’autres collègues, mais c’est aussi passionnant pour eux. En présence de ce défi de pluridisciplinarité, il ne faut pas sous-estimer la capacité des enseignants à s’ouvrir. Reste à savoir s’ils en ont les moyens. Les lourdeurs du système éducatif, avec toute sa hiérarchie et ses procédures complexes, pèsent beaucoup sur les réformes nécessaires. Je pense qu’il faut être en permanence vigilent sur l’évolution du sujet et lever les obstacles au cas par cas. Il est important d’avoir une approche pragmatique qui permette d’avancer à petits pas.



Propos recueillis par Julie Mandrille


Pour en savoir plus:
Vingt ans après son apparition, le développement durable doit aujourd’hui faire face à ses limites. Il devient de plus en plus difficile de concilier les différents volets du phénomène. Sylvain Allemand s’interroge donc. Et si nous étions en train de rentrer dans une nouvelle phase du développement durable ?L’auteur se penche sur la question en soulevant les ambiguïtés du phénomène. Du commerce équitable à la finance solidaire en passant par les OGM, l’énergie ou encore l’urbanisation, l’auteur décline le développement durable sous tous ses aspects et en dégage les éléments clefs. Enjeux et tendances sont traités de manière à la fois précise et accessible pour tous. Particulièrement intéressantes, les dernières pages évoquent les problématiques qui gravitent autour du concept et les débats en cours.
« Les paradoxes du développement durable » Sylvain Allemand, éd.Le cavalier bleu, 2007, 191 p., 22€